PetitBou(t)ParPetitBou(t) on a dit !

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mardi 22 août 2017

Un an de "panier bio": le bilan!

Parmi les quelques petits pas Zéro Déchet que j'ai pu faire cette année, a figuré le passage au panier bio. J'en parlais ici cet automne, et je vous ai régulièrement régalé(e)s de recettes ou d'anecdotes savoureuses sur le sujet...

Après une bonne année avec ce système, il est temps de me livrer à un bilan plus approfondi

Impact zéro déchet : incontestable
La part de mes courses de fruits et légumes couverte par ce panier n'a cessé d'augmenter jusqu'à atteindre quelque chose comme 95%, c'est-à-dire 
  • 100% en temps normal, 
  • mais quelques courses de compléments en cas d'imprévu et/ou d'assortiment insuffisant : les semaines où on ne ne me propose que des pommes et des prunes dans la catégorie fruits, je ne vais pas me nourrir exclusivement de ces deux espèces pendant une semaine. 
Quand je complète d'un sachet Picard ou de quelques fruits pris au Drive, je pleure devant le packaging.
En parallèle, ils ont arrêté de livrer cela dans un grand sac plastique et ont remplacé celui-ci par une cagette, que je rends la fois d'après. Demeure l'occasionnel sac en papier contenant les petits fruits ou protégeant les radis. Donc nous ne sommes pas à du ZÉRO Déchet proprement dit, mais à du moins de déchets, très clairement!


Impact sur l'alimentation : époustouflant.
  • D'abord nous mangeons davantage de fruits et légumes et quasi exclusivement du frais.  Alors qu'auparavant une grosse partie des légumes cuits provenaient du jardin de ce cher tonton Picard, ma consommation de légumes surgelés s'est écroulée pour en être réduite au simple sachet d'un légume jamais proposé dans le panier (fèves par exemple) pour me dépanner les soirs (ou les midis pressés de jours IEF) où j'ai besoin de pouvoir juste jeter quelque chose dans une poêle ou le tamis de mon vitaliseur sans passer par la case épluchage-coupage.
  • L'énorme diversification de notre alimentation, déjà remarquée dans mon premier billet, n'a fait que se confirmer. Je suis devenue de plus en plus audacieuse!
    • Des machins que je ne cuisinais jamais avant, sont devenus habituels, mis automatiquement dans le panier quand ils sont proposés : topinambour, navet, salsifis, patate douce, même les blettes, c'est dire!
    • J'ai testé mille variétés de chou : frisé, permanenté, plat, rouge, blanc, bleu, vert,
    • J'ai même failli tester le fenouil mais il se trouve qu'il n'a plus été reproposé depuis que vous m'avez submergée de recettes sensées lui ôter son goût immonde anisé. Quel dommage...


Impact régulateur : du rythme et une routine dans mes courses!
Le panier est à aller chercher le mercredi fin de journée ou jeudi: du coup je fais un drive pour compléter et je prends pour la semaine là où avant les jours de course variaient donc je faisais des stocks plus ou moins gros de manière aléatoire aussi. 
Cette nouvelle régularité a grandement diminué le gaspillage puisque j'ai pu peu à peu acquérir l'habitude d'acheter pour une semaine, et donc améliorer mon évaluation des quantités nécessaires. 
Le fait que le temps soit "borné" ainsi m'a également facilité la planification des menus (ce qui n'empêche pas qu'en ce moment la planification des menus soit tout de même dans les choux mais Flylady est globalement pas mal dans les choux en ce moment).


Impact financier ?  
Bon, c'est moins cher que le bio du drive. 
Et je suis passée en quasi tout fruits et légumes bio sans voir de vrai impact sur le budget mensuel.... peut être 50€ de plus. Ceci dit dans le même temps, j'ai également modifié notre mode global d'alimentation en augmentant considérablement notre consommation de fruits et légumes, et en rationalisant d'autres postes en parallèle: moins de viande, moins de friandises.
Un bémol par ailleurs : l'état des fruits et légumes. Est-ce du à une manutention pas toujours douce ? Mais les pêches ont très souvent été récupérées bugnées, et Monsieur Bout a rouspété plus d'une fois en soulignant avoir du ouvrir 3 pommes pour en trouver une correcte. Idem, parfois les courgettes sont vite moisies, et les aubergines nous arrivent un peu amochées. 


Impacts sur la voiture...: plusieurs
Vivement qu'F. conduise et puisse faire les créneaux à ma place...
Ne rigolez pas mais une fois que j'aie eu fini mon CDD, ce n'est plus sur mon lieu de travail (mon employeur ayant un accord avec l'entreprise du panier bio) que j'ai récupéré mon panier, mais chez un fleuriste à dix minutes en voiture de chez moi. Or j'ai eu des sueurs froides plus d'une fois: pas facile de se garer (selon l'horaire) et pour moi qui suis nuuulle en manœuvres en tous genres cela a représenté un réel stress
La voiture à donc fait les frais de cela, elle arbore quelques rayures supplémentaires du plus bel effet et j'ai également réussi à emboutir légèrement un autre véhicule en faisant une marche arrière. Pitoyable, je vous dis. Notre prochaine voiture sera à minima équipée d'un radar caméra de recul et j'avoue fantasmer sur les nouvelles fonctionnalités où la voiture fait son créneau toute seule comme une grande.


Avec le déménagement, nous allons bien entendu perdre l'accès au panier bio (ouais je sais, je suis une petite joueuse, je ne fais pas 6h de route pour aller faire mes courses... ce qui n'aurait plus grand chose de bio, du coup); encore une habitude de chamboulée !
Mais j'avoue qu'après cette expérience, je ne m'imagine plus du tout refaire mon plein en grande surface; un marché se tiendra à 10 minutes à pieds de chez nous trois fois par semaine, je verrai ce que je peux en faire... mais vraiment, surtout, je me mettrai en quête d'une possibilité analogue.
(même si je crains le truc pas top - au prix exorbitant car pour une clientèle bobochic).

dimanche 20 août 2017

"les enfants actifs réagissent mieux..." - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi? #4

Un nouveau petit bout de Lawrence Cohen... aux implications multiples!

En effet, différentes idées se retrouvent et j'ai eu du mal à choisir la citation en tant que telle. Mais choisir il faut, et puis je vous rajoute le paragraphe complet donc rien ne se perd.


La citation du jour est donc:
"les enfants actifs réagissent mieux aux contacts physiques animés qu'à une étreinte passive sur les genoux des parents."

Issue du paragraphe suivant :

Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p180.

J'ai trouvé ce paragraphe très riche
  • Tout d'abord, utile rappel, ici appliqué aux câlins, mais proche de ce qu'on lit souvent en parentalité positive: c'est quand un enfant se comporte de la manière la moins aimable qu'il a le plus besoin d'être aimé. Puisque oui, les câlins constituent un puissant remède (préventif et curatif) aux comportements inappropriés. J'y étais attentive, je le suis encore davantage, et je saute le plus souvent possible sur F. pour lui faire un câlin, y compris et surtout quand une situation tourne au vinaigre...
  • Ensuite, cette histoire de préférence pour les bagarres : en tant que telle, je ne la constate pas forcément chez F.. Il adore les câlins. Ceci dit... 
    • je crois que si je regarde l'évolution sur les deux dernières années, il y a eu une époque durant laquelle c'était moins le cas, parce que probablement j'en donnais moins spontanément, et donc lui aussi venait moins en chercher... puis j'y ai été plus attentive et maintenant il en demande très facilement, très souvent. Je suppose donc que passer par la bagarre pourrait aussi être une manière de rétablir ce lien-là quand il a été un peu distendu.
    • il est vrai que quand l'ambiance est un peu survoltée, le passage au câlin n'est pas toujours facile, que ce soit pour moi (quand je suis trop énervée, difficile de me rappeler le point n°1, ou en tous cas pas grosse envie d'agir en fonction!) ou pour lui (besoin de bouger). 
    • Depuis ma lecture de cette page-là, j'ai eu plusieurs fois recours à un mix de câlin-bagarre, en mode "je suis une grosse pieuvre et je vais te manger" ou "hahaha, je suis une machine à câlins devenue folle!": je l'entoure de mes bras musclés et fais mine de le serrer très fort / le manger, etc, il se débat mais dans le même temps se fait câliner, nous rigolons, et nous finissons généralement sur un câlin plus calme. Cette bagarre constitue de fait une transition, et très efficace.
  • Quant à la pratique régulière de bagarres, je retrouve quelque chose de proche du pouvoir des guilis découvert en ateliers Faber & Mazlish (mais L. Cohen semble plus circonspect vis-à-vis des guilis... il faut que je creuse, ça tombe bien j'ai encore quasiment la moitié du bouquin devant moi), et c'est un conseil que je ne vais pas hésiter à appliquer! J'ai d'ailleurs retrouvé le conseil également donné en ateliers, d'avoir recours à des parties de karaté-chaussettes : à genoux, en chaussettes, chacun essaie de piquer les chaussettes de l'autre (pour les parents d'ados ou pré-ados qui me liraient: visiblement ceux des participants à l'atelier qui avaient des exemplaires de ces âges à la maison ont rencontré beaucoup de succès avec ce jeu-là).
D'autant que L. Cohen consacre ensuite toute une partie de son livre à la bagarre, en détaillant les points à prendre en compte pour qu'une bagarre porte vraiment du fruit. Mais ça, cela fera sans doute l'objet d'un autre billet ...

Allez, à l'attaaaaaque!


Petits Bouts de Lawrence Cohen précédents: 
Mettre un terme à un jeu violent
Difficiles retrouvailles avec un enfant
Une bonne manière de jouer à la guerre (?)


vendredi 18 août 2017

Être parent et donner... ses limites (concilier don de soi et respect de ses limites, 2/3)

Dans la première partie du billet nous avons vu qu'en tant que parent nous nous retrouvons à faire de la satisfaction des besoins de notre enfant notre priorité, mais qu'il nous faut déjà nuancer cela puisque nous avons aussi pour mission de veiller à ne pas crever en route quand même. Un parent en état de fonctionnement constitue incontestablement un besoin de l'enfant.
Et puis j'ai évoqué le fait que peu à peu, il nous faut ajuster notre comportement en fonction de l'évolution des besoins de l'enfant.

Poursuivons sur ce point.

En effet, si on reprend ce que je listais comme évolutions des besoins de l'enfant, on retrouve le fait qu'au départ les besoins primaires de l'enfant ont besoin d'une satisfaction la plus rapide possible.
Mais ensuite... l'enfant a besoin d'autre chose que cela.

3. L'enfant se met à avoir besoin d'apprendre plein d'autres choses.

Il a besoin d'apprendre à attendre...
Pas pour le plaisir, pas pour ce bon vieux truc parfois transmis par les générations précédentes et qui sent bon le rapport de force "ça lui fera les pieds, il doit apprendre qu'il n'est pas le roi".
Non, il doit apprendre à attendre, il a besoin de faire l'expérience de l'attente, pour
  • pouvoir se rassurer sur le fait qu'attendre ne le tue pas, 
  • développer une sécurité dans le fait que différer une satisfaction ne le met pas en danger, 
  • développer une conscience de sa propre solidité et résistance
  • en fin de compte : développer son autonomie (je serais presque tentée de dire : au sens quasi mécanique du terme, comme l'autonomie d'une batterie de téléphone portable...).
Cela ne veut pas dire que je vais "m'amuser" à le faire attendre, dans une dynamique qui ressemblerait curieusement à un jeu de pouvoir ("je viendrai quand JE l'aurai décidé, ce n'est pas un marmot qui va me dicter ma vie").
Cela signifie qu'à certains moments, et de plus en plus, je me permettrai de le faire attendre pour satisfaire d'abord un autre besoin. 
 Je terminerai ma phrase avant de lui répondre, je terminerai une discussion avec ma voisine de banc avant d'aller le pousser sur la balançoire, je prendrai ma douche avant de lui lire une histoire, je finirai de lire ma page avant de me jeter sur le tapis pour une partie de ce qu'il voudra.

De la même manière : il a besoin d'apprendre à dormir.
Je dois toujours un billet sur le sommeil, mais pour moi les deux parties ont besoin de dormir. 
Certes, dans les premiers temps notamment, des besoins de l'enfant peuvent venir limiter le sommeil nocturne desdites deux parties: manger, être changé, être câliné. Mais un autre besoin de l'enfant est de pouvoir se sentir en sécurité dans son sommeil; et à mes yeux un besoin à moyen terme est de se sentir autonome dans son sommeil, de percevoir son lit comme un lieu rassurant.
En ce qui me concerne, c'est l'importance que j'accordais à ce besoin de sécurité à moyen terme qui a fait que j'ai préféré sacrifier d'autres choses (mon planning de la journée, ma liberté d'action : entre poussette et écharpe, c'est pourtant facile d'emmener un nourrisson partout) pour permettre à mes tout jeunes nourrissons de dormir autant que possible dans leur berceau en journée durant leurs premières semaines de vie.
Mon objectif était qu'ils puissent au maximum se familiariser avec et qu'ils s'y sentent ensuite en sécurité pour quelque chose d'un peu plus angoissant : le sommeil de nuit.
Ces quelques lignes ne se veulent PAS une condamnation du cododo. Mais doivent plutôt venir souligner que si le besoin du parent est autre / d'y mettre un terme, ce n'est pas forcément contradictoire avec les besoins de son enfant... et notamment ses besoins d'apprentissage et de prise de confiance.
Par ailleurs je ne pense pas qu'on puisse clamer avoir trouvé ZE manière, seule bonne, seule acceptable, pour accompagner son enfant vers l'autonomie vers le sommeil...ne serait-ce que parce que ces sales mioches se mêlent de ne pas tous fonctionner exactement pareil!! Les affreux. C'est un complot j'vous dis.

Ce besoin d'autonomie se retrouve partout,  et on retrouve la phrase célèbre de Haïm Ginott:
"l'amour d'un parent se mesure à ce qu'il est prêt à ne pas faire pour son enfant".
Habiller mon enfant, lui débarrasser ses affaires, lui gérer son linge... C'est l'aider, c'est se donner, mais en fait ?
Est-ce que je ne l'aiderais pas davantage en acceptant de ne pas me sentir utile directement, mais en lui donnant l'occasion de développer ses compétences, de les mettre à l'épreuve, de renforcer sa confiance dans ses capacités à s'assumer lui-même ?
On retrouve là le dicton sur donner un poisson, ou apprendre à pêcher...


4. Il a également besoin d'apprendre à vivre en société

c'est-à-dire
  • apprendre à prendre en compte autrui, ainsi que les limites d'autrui
  • et apprendre à signifier à autrui ses limites à lui.
Et là-dessus, le premier autrui auquel il se confronte, qui est-ce, si ce n'est nous, ses parents?

Quand je faisais mes premiers pas en parentalité positive, que je cherchais mon chemin, et tâtonnais un peu partout, j'avais été un peu décontenancée par certains arguments rencontrés. Ceux-ci disaient que point n'était besoin, pour le parent, de rajouter des limites à l'enfant, il en rencontrerait suffisamment dans le vaste monde. 
Une argumentation que j'entends tout à fait, elle prend en quelque sort le contrepied de l'argument que j'adooore "ah ben autant qu'il soit confronté à la violence tôt, le monde est violent dehors." (on peut remplacer violence par injustice ou d'autres chouettes réalités).
  • J'ai trouvé l'argument intéressant. J'ai piétiné mes limites.
  • Puis, démoralisée, je me suis dit que l'argument était débile. J'ai posé des limites et cherché à les faire respecter tant bien que mal. Plutôt mal que bien, du reste.
Et puis chemin faisant, peu à peu a émergé chez moi l'idée que l'argument était juste, mais qu'en fait... il fallait l'appliquer dans les deux sens :

point n'est besoin de rajouter artificiellement des limites à l'enfant,
mais
il ne faut pas non plus en ôter qui existent.
Et celles qui existent, qu'on peut être tenté de nier, ce sont justement elles : nos limites à nous, parents.

J'en suis donc arrivée à la conclusion que je n'avais pas à poser de limites "comme ça". 
J'avais à exprimer et tâcher de faire respecter MES limites (ou me faire l'interprète des limites des autres / de la société, en mode "quand on crie dans le train, cela fait mal aux oreilles des autres passagers").
Que par ce biais, je répondais bien mieux au double besoin mentionné en début de paragraphe
  • apprendre à prendre en compte autrui : je commence par lui apprendre à prendre en compte mes limites à moi, qu'il a à disposition quotidiennement pour s'entraîner
  • apprendre à signifier ses limites à autrui... comme tout enfant apprend : je lui mets sous le nez un modèle à imiter.
J'ai fini par développer la conviction suivante : 
il n'y a pas de meilleure manière pour lui d'apprendre à signifier ses limites d'une manière constructive, que de me voir le faire au quotidien, notamment vis-à-vis de lui.
(Mais pas que, du reste : tenez d'ailleurs, il y a quelques jours un déménageur venu faire un devis a été témoin de la dernière agression de ma voisine chérie. Il a été estomaqué et m'a dit  "je ne sais pas comment vous faites pour rester aussi calme". Sur le coup j'ai bredouillé un truc vague, mais après coup, j'ai réalisé que le fait que ces altercations aient lieu sous les yeux de mes enfants joue probablement un rôle important : j'en tire une sacrée motivation à rester à la fois ferme et constructive, car je ne veux pas que mon attitude leur délivre un message qui soit "devant l'agression, on s'aplatit", et pas non plus "si désaccord, agresse!".)

Et j'ai également admis qu'il serait risqué d'attendre que mon enfant soit confronté, par la société extérieure, à des limites, en comptant que cette confrontation brute suffirait pour lui enseigner qu'autrui avait une limite, et de quelle manière la signifier... : 
  • déjà que moi, la mère, malgré tout l'amour que je porte à mon enfant et tous les réflexes que j'essaie d'acquérir, il m'est parfois difficile (c'est peu dire) de lui exprimer mes limites de manière constructive et non-violente, 
  • je ne vois pas comment le reste de la société, qui n'a pas ce même amour pour mon enfant, ni forcément les mêmes principes de communication, pourrait faire cela correctement. Ni avec la même progressivité. Ça m'inquiète plutôt, même.
A moi, donc, d'être le premier professeur de mon enfant, sur ce point aussi.


Besoin d'apprendre l'autonomie, besoin d'apprendre à vivre en société... Il existe encore une 3ème grande catégorie de besoin, qui est capitale, et que je n'ai découverte qu'avec Jane Nelsen:

5. L'enfant a besoin d'appartenir au collectif, il a besoin de se sentir utile.

Lui exprimer mes limites, mes besoins,  ne pas tout lui donner, c'est lui donner quelque chose de très précieux : l'occasion de se sentir utile, de voir la manière dont il peut contribuer au collectif (dont moi parent je fais partie. Le premier collectif, c'est la famille). Je ne suis pas une réalité inamovible, intouchable, sur lequel son comportement n'a aucune prise. Il peut faire des choses pour moi. Il a ce pouvoir!
Inversement, ne pas lui exprimer mes limites, me sacrifier en permanence, piétiner allègrement mes besoins, c'est lui livrer une toute autre image de lui-même que cette image de quelqu'un d'utile et bénéfique au collectif...
Et ici je vais citer Haïm Ginott tel que ses paroles sont rapportées dans "Parents Épanouis, Enfants Épanouis" (le fameux chapitre 11), et à tour de bras...
 "Le plaisir d'un enfant ne devrait pas se prendre au prix de la souffrance d'un des parents. Le prix à payer est trop important pour tout le monde. Les parents paient de leur santé et de leur bonne intention, et l'enfant paie d'une autre façon."
"Quand nos enfants nous voient souffrir pour eux, ils se sentent automatiquement responsables. Notre souffrance leur apporte peur et culpabilité."
"Et savez-vous quelle émotion on ressent, à la fin de compte, envers les gens qui nous font sentir coupables ? C'est de la haine. En permettant la culpabilité, on invite la haine."

C'est fort, n'est-ce pas ?
Cela ne veut pas dire "ne plus rien faire pour mon enfant à moins d'en crever d'envie"...  mais là encore, je citerai Haïm Ginott :
"on peut se montrer un peu plus gentil qu'on se sent, mais pas beaucoup plus".

6. L'enfant a donc besoin que nous nous donnions... mais avec discernement.

Concrètement, cela signifie peut-être, me montrer un peu plus prudente : vais-je en vouloir à mon enfant ? Quel prix va-t-il payer pour ce "don"?

Or fondamentalement, même si je suis prête à donner, j'identifie deux grands risques d'en vouloir à mon enfant

- quand j'estime qu'il devrait être capable de se comporter autrement. 
Humm, ça, cela me fait facilement grincer des dents.

Ceci dit c'est un terrain glissant ! Mais ô combien intéressant et exigeant.
Car en fait cela suppose de

  • se documenter sur les capacités d'un enfant, son développement, d'une part, 
Car bien entendu, si je pars du principe qu'un enfant de 1 mois DOIT être capable de faire ses nuits, un enfant de 2 ans de ranger systématiquement derrière lui, et un de 3 ans de m'exprimer son mécontentement par des alexandrins, y a de petits risques d'incompréhensions...
Plus sérieusement: je suis très, très heureuse de vivre au 21ème siècle où l'on peut avoir accès à des connaissances (et non des idéologies) concernant l'enfant, cela me permet de donner avec beaucoup plus de sérénité.
En effet, par exemple, mes lectures m'ont sensibilisée au besoin, pour l'enfant, de la répétition pour apprendre, et sur le fait qu'un schéma d'apprentissage comporte nécessairement des phases de régression. J'accepte donc mieux les erreurs, et de réexpliquer, plutôt que de m'énerver et lui en vouloir parce que "il DEVRAIT savoir faire comme il faut ! Je lui ai montré 100 fois / hier encore il l'a fait correctement".

Inversement, quand je me suis intéressée à Montessori j'ai découvert qu'un enfant pouvait déjà être impliqué très tôt dans le nettoyage et le rangement de son environnement. Sans cette découverte je n'aurais pas encouragé F. de la même manière, ni ne l'aurait mis en situation de développer cette compétence.

  • et, d'autre part, passer du temps avec lui à 
    • 1. l'observer pour savoir à quel stade LUI est, indépendamment des "standards", 
    • 2. "enseigner" à la Jane Nelsen, pour améliorer lesdites capacités.
Par exemple, depuis des mois je mets un point d'honneur à ne plus tirer la chasse derrière F. une fois que je lui ai essuyé les fesses (enfin, ça m'échappe parfois, hein! Mais j'évite). Je lui rappelle de le faire (en mode F&M: description de problème, question de curiosité, un seul mot,... les moyens ne manquent pas et tout y passe) et je m'abstiens également de frotter les WC si il reste des traces. Je me contente de décrire le problème, et je le regarde pendant qu'il met un siècle à nettoyer ce que j'aurais réglé en deux secondes.
Mais ce don (car c'en est un! J'ai d'autres chats à fouetter, moi) est judicieusement placé : il rend F. plus capable, l'intègre davantage dans la communauté de vie qu'est notre famille, ne lui donne pas une image des autres comme étant là pour nettoyer derrière lui, et ne me donne pas cette impression, à moi.
Bref, je vois bien qu'en gardant à l'esprit que je comble ainsi un besoin d'apprentissage chez mon enfant, il m'est bien plus facile de ne pas lui en vouloir des efforts que je fais pour lui. Alors que si je devais à chaque fois me coltiner de belles traces de freinage, je crois que tôt ou tard, le ressentiment s'installerait.

- quand j'ai donné au mauvais endroit, donc en pure perte. Je n'ai pas donné, j'ai perdu.
En effet,  nos enfants auront toujours laaargement assez de vrais besoins pour qu'être parent ne soit pas une sinécure, mais un don. Alors autant ne pas s'épuiser à répondre à des désirs confondus avec des besoins. Quelle frustration sinon ! et on bascule vite dans des  ressentis / accusations d'ingratitude.

2 exemples chez moi.

Sortir le soir constitue souvent un cas de conscience pour les jeunes parents. En ce qui me concerne, je suis partie des postulats suivants.
  • l'enfant a besoin de la présence d'une figure d'attachement notamment les premiers mois de sa vie : 
    • néanmoins, ce besoin peut-être comblé de plusieurs manières : lui donner d'autres figures d'attachement, le prendre avec nous (pour un dîner, au resto ou chez les potes; mais j'ai même une bonne copine qui m'avait soufflée en me disant qu'elle était allée avec son nouveau-né au cinéma, en écharpe.) ; 
    • si allaitement, cela peut compliquer. Mais j'avais la chance qu'ils ont fait très tôt leurs nuits, donc une fois la tétée de 20h passée, j'étais tranquille; par ailleurs je me suis toujours très bien entendue avec mon tire-lait.
  • Ensuite il a envie que nous restions avec lui, mais non plus besoin.
  • Or, outre notre envie à nous de passer du temps en couple, et le besoin de notre couple de moments d'intimité à intervalles pas trop éloignés pour subsister,  j'estime que pouvoir compter sur un couple parental solide constitue également un besoin de l'enfant, celà lui apporte sécurité et stabilité. 
    • Comme de nombreux besoins, il ne s'agit pas d'un besoin vital au sens premier du terme: beaucoup d'enfants grandissent sans un couple parental solide, de même que beaucoup d'enfants grandissent avec une déficience dans l'un ou l'autre de leurs autres besoins, car les circonstances ne le permettent pas. Quand on ne peut pas, on ne peut pas... 
    • Je pars néanmoins du principe que travailler à la solidité de notre couple n'est pas un besoin égoïste, puisque cette solidité bénéficie à notre enfant. Ensuite, il y a manière et manière de faire: 
      • personnellement, je ne me verrais pas me barrer 3 semaines en amoureux 1 mois après l'accouchement, au motif que nous aurions besoin de nous retrouver... 
      • mais notre besoin de nous retrouver peut, selon les moments, être comblé au moins en partie, par des moments en amoureux à la maison, puis des moments en amoureux à l'extérieur.
A ce sujet, j'ai noté aussi une évolution dans mon cheminement : j'ai eu du mal à laisser F., notamment le premier soir où nous sommes sortis, beaucoup moins à laisser E. . Je la sentais mieux attachée (circonstances de naissance trèèès différentes, gestion des pleurs différente également), mais aussi : je la laissais avec un repère stable : F..
Aujourd'hui encore, du reste, je préfère laisser les deux ensemble que séparément, pour cette raison également.

Mais en réfléchissant à la question du besoin derrière la demande, un autre exemple m'est venu, issu de mes propres souvenirs d'enfance : à l'âge de 11 ans, j'ai demandé à faire du piano.
J'étais la première de la fratrie à demander à jouer d'un instrument de musique (nous ne tiendrons pas compte de la fameuse flûte à bec du collège, que du reste à l'époque aucun de nous ne pratiquait puisque nous habitions en Allemagne, loin de tout collège français), et mes parents ont longuement réfléchi. Ils m'ont demandé de réfléchir, m'ont sensibilisée au fait que cela avait un coût important au moment où leurs moyens financiers diminuaient et où la famille venait encore de s'agrandir.  J'ai insisté, persévéré dans ma demande, ils ont accepté.
Mais... qu'y avait-il au fond derrière cette demande?
Il y avait beaucoup de choses, et notamment
  • le souci de la n°3 d'une grande fratrie de se différencier un peu de ses frères et sœurs, 
  • une conception un peu romantique de la musique (eh, oh, le nombre de princesses qui séduisent leur prince en s'égosillant dans la forêt par leurs talents musicaux)
  • le fait que j'aimais (et j'aime toujours beaucoup) particulièrement écouter du piano (je n'avais pas de lecteur CD à moi...)
  • ...
La somme investie dans la réponse à ma demande fut-elle judicieusement placée, ou aurait-on pu trouver d'autres moyens plus adaptés ?
Je n'ai d'ailleurs fait du piano que durant 3 ans, ayant assez vite perdu mon intérêt... notamment à partir du moment où ma sœur cadette s'y est mise elle aussi, et a, par dessus le marché, rapidement démontré des capacités supérieures aux miennes. Et j'ai arrêté avec une certaine culpabilité.

Moralité, me voici doublement prudente face à un besoin de mon enfant: la demande que j'entends constitue-t-elle bien le besoin? Ou dois-je me garder d'y répondre en l'état, et réfléchir au besoin qui se cache derrière, et qui peut d'ailleurs être plus compliqué à combler que la demande initiale ?
Ce qui aurait été probablement le cas de cette demande de piano, et qui est également le cas dans l'exemple pris par Haim Ginott dans ce fameux chapitre 11 de "Parents Épanouis...": celui d'un garçon qui demande un chien... quand il a besoin d'un ami.

Bien entendu, tous ces points ne signifient pas qu'il n'y aucun risque de devenir un parent égoïste...

Ceci dit j'ai remarqué que les points suivants m'aidaient également  dans mon discernement

- me poser la question : Qu'est ce que ça apporte vs. qu'est ce que ça ôte?
Par exemple  : habiller mon enfant de 4 ans une fois de temps en temps le matin, ça lui apporte avant tout des câlins dont il peut avoir fort besoin ce matin-là. Mais si c'est systématique, ça lui ôte de l'autonomie...
Je l'ai entendue plus d'une fois dans la bouche de F., cette fameuse question "pourquoi c'est toi qui fais ?". Généralement, elle ne m'est pas posée dans le premier cas de figure...
- creuser l'origine de mes propres besoins /  attentes  /  émotions.
Cette situation qui m'use, de quoi est-elle faite ? En détricotant, parfois je m'aperçois que je mésinterprète, non seulement les besoins de mon enfant, mais peut-être aussi les miens, voire que je mélange allègrement les deux.
ZE exemple pourri mais vécu : mon enfant a-t-il absolument besoin de moi ce soir, ou ai-je plutôt le souci d'éviter un moment à deux avec un conjoint avec lequel les relations sont plus tendues? Joker.

- évaluer les moyens à ma disposition pour faire respecter ma limite.
Lesquels sont en accord avec mes convictions profondes, mes vrais objectifs concernant ma vie et l'éducation de mes enfants? Cela suppose
  • de consacrer du temps à enrichir ma caisse à outils éducative : parce que dire "j'ai pas moyen de" peut être une réponse un peu rapide... ou tout simplement provisoire: parfois le moyen existe, il attend juste d'être découvert, au hasard d'un échange, d'une lecture, d'une observation.
  • et de consacrer du temps à passer en revue ladite caisse à outils afin d'identifier ce qui serait susceptible d'aider mon enfant et moi-même à sortir d'une situation difficile. (la fameuse pause éducation de Coralie!)
Si pour faire respecter un de mes besoins je me retrouve à me détourner de ces objectifs, c'est un signal d'alarme.
  • Soit c'est que je suis déjà carrément dans le rouge concernant mon besoin, ce qui me fait perdre en capacité d'enseignement, disponibilité d'esprit, recul, etc
  • soit c'est que à ce stade, le besoin de mon enfant qui est en conflit avec le mien est encore tellement important pour lui qu'il n'existe pas de "bonne manière" de l'amener à s'en détacher au moins un peu, et c'est à moi de patienter, trouver une autre voie. 
Et ça peut être les deux à la fois, sinon c'est pas drôle...


Bref, identifier ses besoins, reconnaître ses limites, ne pas les piétiner, mais les communiquer à son enfant à mesure qu'il est capable d'apprendre à les prendre en compte, et cela avec progressivité et ménagements... c'est au fond un sacré projet !
Et en ce qui me concerne, je ne vis pas duuuuu tout cela comme la voie de la facilité  [soupir].


Voici pour le versant "séculier" de ma réflexion sur ce passionnant sujet... je la terminerai avec un volet traitant plus précisément de l'aspect spirituel.

jeudi 17 août 2017

Être parent et survivre: concilier don de soi et respect de ses limites (1/3)

Devenir parent chamboule toute notre vie.
Ça chamboule notamment nos priorités. Nous qui n'avions que nous-mêmes sur qui veiller, nous voici totalement en charge d'un petit être entièrement dépendant de notre bon vouloir, et au fonctionnement souvent contraire audit bon vouloir :
  • Ça ne dort pas la nuit quand je ne rêve que de ça ?! 
  • Ça dort ou crie le jour quand je voudrais un peu faire autre chose que bercer ou chuchoter ? 
  • Ça me bave, crache et vomit dessus sans aucune considération pour ma dignité, la sensibilité de mon nez et le fait qu'il va falloir que je traverse la ville ainsi ? 
  • Ça produit des déjections à l'aspect appétissant et c'est à moi de mettre les mains dedans ? 
  • Ça crie quand je voudrais du calme et ça onomatopète quand je rêverais d'une conversation suivie et stimulante intellectuellement...
La liste est longue, la liste est interminable, c'est la liste des petites et grandes facilités / libertés  auxquelles l'accession au rang de "parent" vient mettre un terme.

Devenir parent bouleverse notre vie, nos priorités, et oblige à redéfinir nos limites, nos attentes. Devenir parent implique incontestablement de nombreux sacrifices. Quand j'y repense, maintenant, je suis ébahie de toute cette MASSE de temps libre que nous avions avant ! Comment avons-nous pu y renoncer ainsi ? Il y a un petit côté masochiste à persister à se reproduire ;-)

Mais le sujet du jour n'est pas : quelle mouche nous pique à vouloir devenir parents.
Le sujet du jour concerne l'après : bébé est là, nous sommes parents, plus moyen de revenir en arrière, alors : que faire ?
Le sujet du jour est donc :
si être parent implique des sacrifices, (où) faut-il tracer la ligne ?
Le don de soi qu'implique le fait d'être parent doit-il être mesuré, doit-il avoir des limites ?
N'est-ce pas alors se donner à moitié, et donc pas vraiment un don ?
Bref, quand on est parent, veiller sur ses propres besoins, et demander à ses enfants de les respecter, est-ce faisable, est-ce bon, ou n'est-ce qu'un nouvel avatar de ce bon vieil égoïsme qui sommeille en chacun de nous ?
 

1. Une priorité: subvenir aux besoins de nos enfants

Nos enfants étant dépendants de nous, vulnérables, et les conséquence de besoins non assouvis pouvant être graves, notre priorité doit être de subvenir à leurs besoins.
Être parent nous bascule automatiquement dans la logique du don (si tout va bien) : on ne raisonne plus en termes d'échange de bons procédés, y a pas de "OK je te change ta couche mais alors on est d'accord qu'après tu dors 4h d'affilée, et demain tu fais la vaisselle" (enfin, si, celle-là on l'a tous tentée, hein, c'est ZE note d'humour suprême à 4h du mat'). Non. On donne, on donne, on donne, on se donne, pour subvenir aux besoins de ce minuscule machin.

A ce titre, quand il y a, comme souvent, conflits de besoins, nous avons comme solutions
  • différer la satisfaction de notre besoin
  • déléguer à quelqu'un d'autre la satisfaction du besoin de l'enfant
  • trouver des substituts, du soutien extérieur, des compensations pour survivre tout de même
Ainsi, si je prends l'exemple du nourrisson qui pleure la nuit, cela peut donner
  • dormir en journée
  • demander au papa de le bercer à notre place si c'est juste un besoin de câlins et que les câlins paternels rassurent efficacement le bébé
  • s'appuyer sur une bonne copine qui vient donner un coup de main une journée pour assumer à notre place une corvée indispensable (linge, courses, ménage) pendant que nous casons une sieste de rattrapage ; la même copine qui écoute notre épuisement, compatit, et nous fait une tisane ou un massage.

Il s'agit de voir cette période comme transitoire, et donc, à la fois,
  • d'admettre que notre besoin ne sera probablement pas comblé comme il pouvait l'être avant l'irruption de ces 3 kg d'amour dans nos vies, et 
  • d'aller chercher à l'extérieur de l'enfant (expression maladroite... sans faire de demande à l'enfant ?) de quoi combler au moins un tout petit peu ses besoins personnels dans l'intervalle.

C'est une première étape très importante, et qui déjà, peut sembler contradictoire avec cette logique du don total.

Mais pourtant, si on regarde de plus près, veiller sur ses besoins, c'est la condition au don total!
  • il peut s'agir (il s'agit souvent !) d'une question de survie : j'aime beaucoup l'expression "faire le deuxième noyé". Je trouve aussi très parlante l'image des consignes de sécurité données dans les avions : avant de s'occuper du casque à oxygène de son enfant, on doit d'abord s'en poser un. Effectivement : de quelle utilité serons-nous à notre enfant une fois asphyxiés ?
De la même manière, le burn-out maternel, qui se fait plus fréquent, vient nous rappeler le risque qu'il y a à oublier nos besoins les plus élémentaires. Se donner, ce n'est pas se perdre! Comment se donner chaque jour, durant de nombreuses années, si on s'épuise dès les premiers temps ? Qui veut aller loin, ménage sa monture...
  • même sans en arriver au burn-out: pour donner, il faut recevoir. Être un parent bien dans ses pompes, un minimum reposé, un minimum heureux dans sa vie, cela ne bénéficie pas qu'à nous, au contraire, c'est très bénéfique pour notre enfant ! On est plus détendu, moins sur les nerfs, plus souriant, plus entreprenant,... Par exemple, quand je suis reposée, je me prends bien davantage au jeu avec les Bébous. Je suis plus capable de régresser, de m'amuser vraiment avec eux, que quand je suis fatiguée, ne rêve que d'une chose, m'allonger sur le tapis et faire la morte bouger le moins possible, et ne joue avec eux que "parce qu'il faut", ou "pour les occuper".
Bref, le don total, c'est chouette, encore faut-il encore avoir des choses à donner...


Mais justement, si cette période est sensée être transitoire, c'est bien parce que les besoins de notre enfant évoluent.

2. Les besoins de mon enfant évoluent

Et cela, à plusieurs titres
  • dans l'immédiateté de la réponse qui doit être apportée : 
    • la faim d'un nourrisson doit être calmée le plus vite possible, un enfant plus âgé devient capable de comprendre qu'il faudra attendre quelques minutes ou davantage pour manger; 
    • un bambin tout juste sorti des couches a besoin d'une prompte réponse à son "pipiiii !", un enfant plus âgé devient capable de maîtriser son envie le temps qu'on termine une petite course
  • dans leur statut : certaines choses qui peuvent être du besoin au départ basculent vers l'envie
  • en eux-mêmes : certains apparaissent, d'autres disparaissent, ou le moyen de les satisfaire évolue
  • dans leur ordre de priorité : d'autres besoins deviennent plus importants pour l'enfant 
Concernant ce dernier point, j'ai beaucoup aimé l'exemple cité par Céline Alvarez lors de la conférence à laquelle j'ai eu la chance d'assister il y a quelques semaines. 
Elle évoquait l'acharnement de certains tout-petits à se nourrir eux-mêmes avec leur cuiller, déployant des efforts considérables pour attraper l'aliment visé, le transporter jusqu'à la bouche, viser la bouche... rater...et recommencer. Cet exemple illustre bien la manière dont certains besoins de l'enfant peuvent prendre le pas sur d'autres : ce n'est pas forcément faute d'avoir faim, mais à l'instant T, le besoin d'apprendre de l'enfant est supérieur à son besoin de manger, pourtant bien réel lui aussi.

Et en fait, moi, en réfléchissant sur le présent billet, j'ai réalisé que c'est la lecture de Faber & Mazlish, et de Haïm Ginott leur inspirateur, qui m'a permis de sortir un peu de la dichotomie entre mes limites et les besoins de mon enfant.
C'est par leur biais que j'ai perçu  (mais peu à peu, c'est-à-dire que je l'ai lu, ça a un peu fait tilt sur le coup, mais c'est surtout dans le temps que je l'ai vraiment intégré) que mes limites, mon enfant en a besoin. 
Pour le reformuler du point de vue de la problématique qui nous occupe aujourd'hui: au fond,  
mes limites ne sont pas un obstacle au don de moi à mon enfant, 
elles sont un don à faire à mon enfant.

La suite de ce billet reprendra donc quelques citations de l'excellent chapitre 11 de "Parents Épanouis, Enfants Épanouis" de Faber & Mazlish, chapitre dont je ne saurais trop vous recommander la lecture intégrale. Personnellement, je suis ravie que l'écriture de ce billet m'ait incitée à y replonger mon joli nez (c'est cool d'avoir mon blog à moi, je peux m'y décerner des compliments comme ça, paf, au détour d'une phrase). Ce chapitre est une pure merveille et honnêtement, tout ce que j'écrirai c'est de la gnognotte à côté. Mais ne partez pas tout de suite quand même / revenez lire la deuxième partie, ça me vexerait sinon.
A demain !
Partie 2

mardi 15 août 2017

Activité extra-scolaire du Bébou : bilan 2016-2017 et perspectives 2017-2018

Parmi les points qui me tenaient à cœur dans cette première année d'IEF, figurait la possibilité pour le Bébou de participer à une activité dite "extra-scolaire". J'avais exposé l'intérêt que j'y voyais ici, et finalement, c'est sur un cours d'éveil musical que mon choix s'est porté.

On m'en avait dit du bien (mais le "on" étant une maman avec qui je n'avais jamais eu de discussion profonde sur des sujets d'éducation, je ne pouvais pas être sûre que ses critères du bien et les miens se rejoindraient à 100%) et que c'était tellement bien qu'il fallait être à l'ouverture le matin des inscriptions pour s'assurer d'avoir une place pour son gamin.
J'avoue que ledit samedi matin, c'est en grinçant doublement des dents que je m'acheminai vers le centre socio-culturel offrant ces cours.
  • Devoir me lever tôt et me dépêcher un samedi matin, hein. 
  • Et ensuite, avec cette histoire de cours hyper couru je craignais la course à la performance et je me demandais si je n'étais pas en train de mettre le doigt dans un engrenage à la parent japonais ou coréens (je ne sais plus, mais durant quelques minutes j'ai eu cette impression), qui inscrivent leurs enfants dans les meilleures écoles dès leur naissance afin de pouvoir leur permettre ensuite l'accès aux meilleures universités.

Heureusement, j'ai été vite rassurée par la conversation que j'ai pu avoir avec le monsieur animant ces cours d'éveil
  • 10 enfants maximum (je m'attendais à un effectif plus proche de celui d'une classe de maternelle)
  • un fonctionnement assez libre, mêlant écoute d'instruments et d'extraits de morceaux de musique, coloriage des instruments en question, apprentissage du rythme sur batterie et djembé,...
  • un animateur masculin (j'ai trouvé ça chouette!) et à la personnalité détendue, sachant se faire entendre sans rentrer dans le rapport de forces
  • et surtout : la possibilité d'une acclimatation en douceur

C'est surtout ce dernier point qui a illuminé mes yeux de maman IEF n'ayant à l'époque jamais mis son enfant en collectivité: je craignais de devoir le "larguer" dans son cours, comme ça, sans qu'il ait le temps d'y prendre ses marques. Cela a été d'ailleurs l'expérience simultanée d'une de mes copines IEF, qui a inscrit sa fille à un cours analogue dans un autre centre socio-culturel, sans être autorisée à rester, et dont la fille a, au bout de 3 séances, refusé d'y retourner.
Mais non. L'animateur laissait toute liberté (tout en soulignant que pour que l'enfant ait "son" moment à lui il valait tout de même mieux viser l'absence des parents en résultat final. Mais un petit garçon n'a jamais voulu que sa mère s'éloigne et celle-ci a passé l'année au fond de la salle) pour permettre à la séparation de se faire au rythme de l'enfant.
Ainsi ai-je passé 
  • les deux premiers cours dans la salle, 
  • le 3ème dehors, assise à côté de la porte ouverte, 
  • le 4ème et le 5ème dehors, assise à côté de la porte fermée. 
  • Ensuite c'était les vacances de la Toussaint, et un cours où ce fut Monsieur Bout, en congé ce jour-là, qui l'accompagna.
Et au retour des vacances de la Toussaint, je pus lâcher mon fils
"J'ai une course à faire à la pharmacie mais je serai de retour pour venir te chercher.
- j'aimerais que tu restes.
- je sais mon chéri, tu aimerais que je reste; j'ai quelque chose à aller chercher à la pharmacie et je serai de retour avant la fin"
Gros bisous, et aucun souci.

Un détachement tout en douceur que j'ai énormément apprécié, ayant longtemps pensé que les pleurs déchirants accompagnant l'entrée en maternelle n'avaient pas d'alternative.
Ce détachement a d'ailleurs représenté un palier idéal, qui a sans doute contribué à la manière dont F. s'est si bien acclimaté au jardin d'enfants franco-allemand en avril. 

Bref, si je reprends les attentes définies dans mon billet de préparation, nous avons
  • l'ouverture sur autre chose,: CHECK ! Monsieur Bout en a profité pour réécouter avec lui des morceaux entendus durant ces séances, ça faisait un point d'ancrage, c'était chouette
  • dans un environnement plus riche en stimulations : CHECK! La batterie l'a captivé, il a beaucoup utilisé mes casseroles de ce fait... et incontestablement : nous avons noté que son sens du rythme évoluait vraiment!
  • l'introduction d'un référent autre que moi-même / un membre de la famille : ça c'était chouette aussi !
  • et une confrontation à une forme de collectivité, un groupe, avec ses règles, ses repères, mais à dose homéopathique : gros gros CHECK ...
  • Éventuellement, l'opportunité d'élargir encore notre/son champ de connaissances en rencontrant d'autres enfants et leurs familles : ça pour le coup, pas du tout : chacun apportait son môme, et venait le chercher, sans gros bavardages (bon, euh, j'avoue, j'étais souvent limite en retard / la dernière à venir le chercher, ça n'aide pas... mère indigne, toujours)

En point négatif, l'horaire de ce cours était vraiment peu pratique : 15h-16h, ça me zigouillait la sieste de F. et me mettait une pression de fous pour faire déjeuner les enfants assez tôt pour que F. ait tout de même 1h  à passer allongé. Quand il tardait à se coucher, c'était la fête...
Hasard ? Les mercredis matin étaient des moments facilement tendus... susceptibles de dériver loin des rivages faber&mazlishiens...

Néanmoins, F. a adoré y aller, et pendant longtemps j'ai donc prévu de le réinscrire pour 2017-2018. Et puis il s'est tellement plu au jardin d'enfants franco-allemand que, après discussion avec Monsieur Bout, nous avons décidé qu'en 2017-2018 il irait plutôt passer tous ses mercredis après-midis au centre de loisir dudit jardin d'enfants: 
  • de la collectivité qu'il apprécie, dans un cadre de rêve
  • de l'allemand, 
  • et une logistique ô combien simplifiée puisque il allait y passer toute l’après-midi, donc pas de zigouillage de sieste, ni pour lui, ni pour moi...
Et que nous nous mettrions en quête d'une activité extra scolaire supplémentaire pour lui un autre jour de la semaine.
J'étais RAVIE de cette solution... Jusqu'à ce que la nouvelle de notre déménagement ne vienne réduire à néant le fruit de 3 mois de triturage de méninges (oui j'ai quand même beaucoup hésité entre l'éveil musical et le jardin d'enfants).
Maintenant, je pleeeeure la perte de ce jardin d'enfants sublime, et je regarde ce que nous pourrions trouver près de notre futur chez-nous... démarche compliquée par le fait que nous arriverons après le début de l'année scolaire!

Idéalement, j'aimerais qu'il ait deux activités (c'est l'avantage d'un emploi du temps d'IEF: nous en avons, du temps),  
  • sachant que j'ai obtenu une place dans l'éveil à l'allemand dispensé par l'école Montessori qui est proche de chez nous. 
  • Reste donc à choisir la seconde. Il grimpe partout et bien mais je n'ai trouvé aucun club d'escalade accueillant les moins de 6 ans, en revanche des cours de natation sont proposés, et des cours d'éveil aux sports permettant de toucher diverses disciplines. Mais à distance, difficile de laisser trainer mes oreilles pour glaner des retours!
  • Par ailleurs, pour compenser la dimension linguistique de la perte du jardin d'enfants, je suis aussi en train de voir pour récupérer une nounou ou une baby-sitter de langue germanique, et j'ai de bonnes pistes!

En conclusion : une première expérience très enrichissante, qui m'a en même temps confortée dans l'idée qu'un choix attentif de l'activité extrascolaire est primordial pour que cela se passe bien.
Nous sommes bien tombés, espérant que cela se poursuive ainsi...

samedi 12 août 2017

"Il existe une bonne manière de jouer à la guerre" - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi?

Ce nouveau petit bout de "Qui veut jouer avec moi?" ne me concerne pas encore directement : en tous cas, je n'ai encore jamais vu F. jouer à la guerre... du fait de son exposition à la fois récente et rare à la collectivité peut-être?
Mais, ayant eu l'occasion de lire différents avis sur ce sujet qui fait débat, c'est avec beaucoup de curiosité que j'ai lu les pages que Lawrence Cohen y consacre.

La citation du jour est donc:
"Il existe une bonne manière de jouer à la guerre"

Issue du paragraphe suivant :

Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p175.

Ainsi, L. Cohen invite à ne pas bannir les jeux agressifs, en soulignant que les proscrire aurait l'effet inverse de celui-ci souhaité, puisque l'enfant se verrait privé d'une occasion privilégiée d'évacuer et d'explorer sa propre violence. Un argument très proche de celui développé dans mon premier bout de Lawrence Cohen.

Mais il ne s'agit pas non plus de leur laisser libre cours : jouer à la guerre n'est pas "positif" en soi, cela peut l'être, ou non, en fonction de différents facteurs. C'est pourquoi l'adulte est incité à s'y mêler, de manière à orienter les réjouissances dans un sens qui porte du fruit.
J'ai ainsi retenu les points suivants
  • Y jouer avec des jouets multi usage (idéalement, le fameux bâton de ma copine Hélène!). Se passer de pistolets en plastique et assimilés met de la distance avec la réalité, et évite l'enfermement dans le jeu en stimulant la créativité de l'enfant : à tout moment le bâton ou assimilé pourra se muer en poêle à frire pour jouer au cuisinier, en harpon pour chasser la baleine, ou en micro pour interviewer le petit frère.
  • S'impliquer en rajoutant de l'humour et de nobles sentiments / personnages: 
    • le médecin qui soigne au péril de sa vie, 
    • le pote qui te couvre théâtralement de son corps et prend la balle à ta place avec sentiments surjoués, 
    • la cantinière qui amène de la bouffe dégueu (ça c'est une idée de moi... à force, je m'imprègne et me prends...au jeu!), 
    • l'arme qui se dérègle et ne tire plus que des bisous (et hop on tient là un beau prétexte à une série de contacts physiques).

C'est une conception du jeu de la guerre qui me va bien, et qui me permet d'envisager sereinement le moment où F.  se mettra à y jouer. (sereinement, et même avec presque un peu d'impatience. En fait j'ai encore bien plus d'idées farfelues que mes histoires de cantinière...)

J'espère que ça vous aura fait le même effet (et si vous avez des bêtises à partager, faites, qu'on rigole un peu tout en puisant de l'inspiration).

Petits Bouts de Lawrence Cohen précédents: 
Mettre un terme à un jeu violent
Difficiles retrouvailles avec un enfant

jeudi 10 août 2017

"Une douleur que les enfants préfèrent éviter" : Difficiles retrouvailles avec un enfant - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi?

Aujourd'hui, je vous livre un deuxième petit bout de l'excellent "Qui veut jouer avec moi".
Là encore, cela m'a permis de considérer certaines expériences déjà vécues sous un nouvel angle.

La citation du jour est donc:
"Rétablir le contact peut donc s'avérer émotionnellement très douloureux, une douleur que les enfants préfèrent éviter."

Issue du paragraphe suivant :
Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p99.
Nous avons tous vécu ces moments d'absence loin de notre enfant où notre retour est salué tièdement, et nos propositions d'interaction snobées : un peu déroutant! 
On s'attendrait à avoir manqué à son enfant, mais, au lieu de nous sauter dessus avec des cris de joie et de profiter de notre présence, celui-ci s'occupe seul ou privilégie le parent qui s'est occupé de lui toute la journée. 
C'est 
  • parfois vexant : et mon comité d'accueil saluant le retour du guerrier, hein !?
  • parfois aussi confortable : quand on est crevé et pas forcément super motivé pour faire autre chose que s'affaler sur une chaise et laisser l'autre parent gérer le coucher "puisque l'enfant y tient".
En tous cas, j'ai de nombreux exemples en tête chez nous, et dans les deux sens. Ainsi, notamment durant la période de Papazofoyer de Monsieur Bout, mais aussi, auparavant, durant le début de grossesse de E. : épuisée, je m'occupais peu de F., et moins je m'occupais de lui, plus il privilégiait les soins de son père. Et je n'ai pas forcément souhaité me tracasser davantage avec cela.

Ce nouvel éclairage m'amène à reconsidérer ces épisodes : c'est une chose de se dire que l'enfant ne recherche pas notre contact car il n'en a au fond pas tellement manqué... C'en est une autre que de réaliser qu'en fait c'est pour éviter de regarder en face la douleur que le manque lui a causé !
C'est pourquoi Lawrence Cohen souligne qu'il est important de chercher à rétablir un lien profond avec l'enfant, en allant provoquer le contact, y compris avec insistance si l'enfant manifeste des réticences. Le jeu, les câlins, toutes choses permettant des contacts physiques, sont des vecteurs à privilégier. Il incite même à en rajouter au besoin, avec humour, en faisant de grandes déclarations d'amour, se jetant à ses pieds, etc.

Des pages autour de ce thème, je retiens trois points
  • l'autre parent, celui qui s'est occupé de l'enfant, est particulièrement bien placé pour aider à la recréation du lien, inciter l'enfant à se tourner vers le "revenant"
  • il ne faut pas non plus s'affoler quand ça se produit et qu'on n'a pas l'énergie de toujours aller recréer le lien immédiatement : si l'attachement est bon, le fait que le lien reste un peu superficiel pendant un petit bout de temps est vivable pour l'enfant. Mais il faudra quand même compter avec quelques manifestations d'émotions au moment de la reconnexion réelle.
  • selon la qualité du lien, le problème peut être un peu différent dans le cas des pères
    • on a moins tendance à s'insurger / s'inquiéter quand l'enfant réclame que ce soit sa mère qui le baigne, le fasse manger, le couche, que l'inverse: la mère aura davantage tendance à se plier à ces demandes, et le père à se résigner à cet état de fait (avec peut-être aussi un peu de soulagement, cf fatigue). 
    • Or cela peut contribuer à affaiblir durablement le lien entre le père et l'enfant. Vigilance, donc. (pour ma part je vais faire lire ce billet à Monsieur Bout pour que nous soyons tous les deux sensibilisés à cela).

Ça vous parle ?

mardi 8 août 2017

Y a de gros ratés dans mon éducation positive, Dieu merci !

C'est un appel (téléphonique) au secours d'une bonne copine désespérée qui m'avait permis de théoriser un peu à l'oral ce que je vous livre par écrit ci-dessous. 
Vous vous reconnaîtrez sans peine dans son désespoir quand je vous aurai raconté que, BB2 fraîchement arrivé, numéro 1 entrant dans l'âge béééééniiiii des 3 ans, ledit numéro 1 persistant à asticoter BB2, le réveillant, lui faisant mal, hop, la maman a craqué et hurlé sur son fils avant de fondre en larmes devant le regard terrorisé dudit fils. 
Grand moment de parentalité comme nous en chérissons tous des versions dans notre cœur.
Je lui dédicace ce billet avec des tas de bisous en prime.


Un article tout récent découvert chez Shivamama m'a remis en tête ce billet que j'avais entamé il y a plusieurs semaines.
En effet: commencer à s'intéresser à la parentalité positive, pour un parent (=qui a déjà des enfants = qui interagit déjà avec eux au quotidien = dont la patience et les bonnes intentions se frottent régulièrement à la réalité de ce que sont lesdits enfants - USANTS), constitue une expérience un peu mi-figue mi-raisin
  • Le raisin: youpi plein d'outils pour faire différemment de ce qui ne me plaisait pas franchement dans les modèles d'éducation que j'avais vécus! Je vais pouvoir faire gaffe à lui éviter des blessures émotionnelles ! Plus besoin de crier menacer punir taper ! Voilà de quoi devenir le meilleur parent du monde.
  • La figue: aaargh mais c'est compliqué d'utilisation! Et le résultat n'est pas toujours là /ça n'a pas transformé mon quotidien de parent qui galère en croisière tranquille ! Et je me retrouve à crier menacer punir taper ! J'ai de quoi devenir le meilleur parent du monde en théorie mais je ne suis pas fichu de m'en servir je suis donc un parent mauvais qui cause 1000 dommages émotionnels à mes enfants. Et en connaissance de cause en plus.

Eh bien oui.


Y a de gros ratés et ça ne veut rien dire sur la qualité de l'éducation que je leur donne.
Eh oui, malgré tous les outils de parentalité positive, nos chérubins sont loin de toujours coopérer. On se prend des bides monumentaux. Est-ce que cette absence de fiabilité 100% (satisfait ou remboursé!) est le signe que la parentalité positive "ne marche pas"?
Non.
Car peu importe le style d'éducation, les enfants sont loin de faire tout ce qu'on leur demande. 
Ce ne sont pas des robots, il n'y a pas de "bonne formule" qui produise un résultat assuré: ils ont leur volonté propre, ils ont donc la capacité à vouloir ce qui est bien pour eux et/ou leur entourage, ou à vouloir le contraire. Nous cherchons à éduquer cette volonté, les outils de parentalité positive visent à renforcer cela, mais parfois ça marche, parfois ça marche pas. 
D'ailleurs, nous-même, adultes, faisons-nous toujours ce qui est bien pour nous et notre entourage ?
 (écrivait sentencieusement Gwen en cachant discrètement une demi-tablette de chocolat sous une feuille de papier). 
Notre volonté s'éduque sur toute une vie.
(c'est pourquoi, c'est promis, j'arrêterai le chocolat. 
A 105 ans - chez moi on vit vieux)
Alors déjà rassurons nous: tout le monde est dans le même bateau. Personne, même les blogueuses aux billets les plus merveilleux sur le sujet, ne vogue parfaitement calmement sur les eaux de la parentalité
Qu'on se le dise : le fleuve Parentalité n'est pas adapté aux croisières pépères. C'est plus un terrain à rafting.

En revanche je vous avouerais que moi ces derniers temps je vis tout cela de manière un peu plus cool. Mes enfants ne se sont pas mués en petits anges, certes. 
Cependant au bout d'une grosse année de travail, je constate que l'usage répété, acharné, obsessif (?) des outils de parentalité positive glanés ici et là, s'est tout de même traduit, objectivement, par une baisse du nombre des conflits, doublée d'une baisse de leur intensité moyenne (j'insiste sur l'adjectif moyen. Ça veut dire que même si globalement les conflits partent moins en vrille qu'avant, il s'en produit toujours, de temps en temps, des sacrément carabinés).

Par ailleurs, ce qui a changé, c'est mon attitude, mes attentes.
Envers mes enfants, d'abord. J'en parlais notamment ici.
Mais surtout: peu à peu j'ai révisé mes attentes envers moi.

J'ai décidé que certes. Il m'arrivait toujours de faire n'importe quoi, certes je commettais plein de grosses bonnes boulettes éducatives, certes il ne s'agissait pas de se complaire dedans en mode "j'm'en fous, j'suis comme ça", certes j'allais continuer à enrichir mon répertoire d'outils éducatifs et m'efforcer d'y avoir recours le plus souvent possible, à ce répertoire.
Mais que ma perfection parentale n'était ni nécessaire, ni même bonne pour mes enfants.
Ce qui nous amène à mon second point.

Y a de gros ratés et c'est pas grave. La perfection parentale n'est pas nécessaire!

L'angoisse pour la maman pas parfaite mais qui a regardé des vidéos youtube et lu des tas de billets de blog, c'est de causer par ses réactions des dommages émotionnels à son môme. 

J'ai crié menacé tapé = je l'ai traumatisé. 

C'est une équation vite faite aujourd'hui où les récentes avancées en neurosciences soulignent l'impact négatif de ce genre de mesures éducatives sur le développement du cerveau de l'enfant et notamment sur le développement des zones gérant les émotions. Les travaux de Catherine Guéguen sont fréquemment invoqués pour sensibiliser les personnes s'occupant d’enfants à l'importance d'éduquer avec douceur etc.
Yep.
Eh bien, en ce qui me concerne j'ai beaucoup aimé Catherine Gueguen. 
J'ai appris pleins de choses que j'ai vite oubliées, genre toutes les finesses de ses démonstrations scientifiques et toutes les précisions données, jargon scientifique inclus, sur le fonctionnement du cerveau, ses zones etc.
Mais j'ai retenu les lignes directrices dont j'avais besoin pour fonctionner au quotidien.
Et j'ai surtout retenu un truc essentiel pour ma survie émotionnelle à moi. Un truc fondamental pour atténuer un peu les montagnes russes dans lesquelles me projetteraient sinon mes moindres écarts de la ligne du parti, écarts involontaires mais hélas loin d'être rarissimes.

Le cerveau de l'enfant est plastique.

C'est pour cela que je déteste, que je hais, que j’exècre une des images qui circule sur Facebook dans les milieux de l'éducation positive : vous l'avez probablement déjà vue, celle comparant l'enfant a du bitume tout frais et posant la question des traces que nous voulons y laisser...?
C'est une image hyper parlante mais terrifiante: l'aspect indélébile des traces laissées... brrrrr.

Eh bien non. 
Comme je l'écrivais déjà l'an dernier, je préfère me rappeler que le cerveau de l'enfant se répare, que c'est la répétition, le systématisme de réactions parentales inadaptées qui causent du dommage.
Donc si avec les outils de parentalité positive je réussis à baisser mon recours aux punitions, menaces, etc, de 10, 20, 40, 80% : mon enfant en tire déjà énormément de bien. 
Or ça je peux le faire, c'est dans mes moyens. 
Et pas que moi... lors d'une discussion récente avec une bonne copine récemment initiée à Faber et Mazlish, celle ci me confiait 
"oh, il m'arrive toujours de les menacer, c'est même encore assez fréquent... mais en fait avant c'était un peu ma seule manière de faire, je ne faisais que ça. Aujourd'hui y a plein de fois où je n'ai pas besoin d'en arriver là, j'arrive à régler le problème autrement." 
C'est-y-pas méga chouette !?!?

Donc déjà, hein, détendons nous: la parentalité positive ce n'est pas tout ou rien, ce n'est pas blanc ou noir, ce n'est pas parce qu'on agit de manière suboptimale dans une situation donnée (ou mille)  qu'on doit se bannir du club des parents positifs. 
Il est vrai que le club des parents positifs parfaits (le fameux PPP) est un club vraiment vraiment très fermé, lui. Tellement fermé qu'il n'y a personne dedans. C'est fâcheux!


Y a de gros ratés et heureusement: mon enfant en a besoin!
Non seulement l'enfant n'a pas besoin de notre perfection mais notre perfection parentale lui serait nuisible.

1. Est-il parfait, notre enfant? 
Non!!! (Celles qui ont répondu oui... arrêtez les petites pilules roroses)
Et quand on n'est pas parfait, que ressent-on à fréquenter des gens parfaits?
Complexes, découragement, mauvaise estime de soi, culpabilité, haine...?
Hum. Joli tableau.
Ben notre enfant c'est pareil.
Notre enfant n'a SURTOUT pas besoin d'avoir l'impression que si lui échoue à être parfait, c'est vraiment qu'il est nul. 
En revanche notre enfant a ABSOLUMENT besoin de voir quelqu'un faire des erreurs, les reconnaître, et les réparer. Comme ça il n'aura pas peur d'en faire, et il saura les gérer.

2. Notre enfant sera-t-il un parent parfait ? 
Y a peu de chances. 
Eh bien il vaut donc mieux qu'il n'ait pas l'impression d'être un pire parent que les siens ne l'ont été pour lui. On a tous envie de faire mieux que nos parents, mais comment faire si c'est impossible ? 
J'ai été marquée par une discussion avec quelqu'un dont le père jouissait d'une réputation proche de la sainteté... compliqué pour son fiston de vivre avec cette ombre formidable et l'impression continuelle que, peu importaient ses efforts à lui, ses petites et grandes réussites : il ne ferait que moins bien.
Faire des erreurs avec nos enfants, et les reconnaître, c'est leur laisser le champ libre pour ne pas faire les mêmes, mais d'autres.

Alors hein, il ne s'agit pas de foncer allègrement en mode "youhou, allons y gaiement"
Mais voilà. Au quotidien, je fais de mon mieux. En fonction, du temps, du vent, de l'âge du capitaine.
Et quand je foire un truc, j'en fais une opportunité à la Jane Nelsen
  • une opportunité d'apprentissage pour moi 
    • comment en suis je arrivée là, 
    • qu'est ce que ça me révèle sur mes besoins non satisfaits, 
    • que pourrais-je mettre en place pour me sentir mieux, 
    • à quelles alternatives aurais-je pu avoir recours (au besoin j'appelle ma propre Hotline huhuhu)
  • et pour mes gosses, qui m'observent
    • comment exprime-t-on qu'on a fait une erreur
    • comment cherche-t-on a la réparer, 
    • comment travaille-t-on à éviter qu'elle se reproduise, 
    • ah zut elle se reproduit ah ben tiens on continue à travailler dessus. et re, et re, et re.
Et encore : même ça je ne le fais pas parfaitement. Mais au lieu de me retirer des points à chaque fois que je ne le fais pas, je me congratule pour chaque fois où je le fais.

Parce que c'est bien joli de dire que notre enfant se développe mieux si on cherche à renforcer chez lui les comportements positifs plutôt que de nous focaliser sur la répression du négatif.
Mais jusqu'à preuve du contraire notre cerveau est fait sur le même modèle que celui de notre enfant, donc autant s'appliquer ces principes à nous-mêmes.

Charité bien ordonnée...


lundi 7 août 2017

"Il n'y a qu'une façon de mettre un terme à un jeu violent..." - Petit Bout de Lawrence COHEN, Qui veut jouer avec moi?

Comme annoncé dans mon précédent billet, voici le premier d'une série qui a vocation à partager mes lectures "parentalité positive" de manière moins ambitieuse, mais plus compatible avec ma disponibilité, que les longs billets-résumés qui me sont coutumiers. L'un ne signant pas la mort de l'autre, d'ailleurs. Mais dans tous les cas, chaque bribe que je serai venue partager avec vous contribuera à alléger le travail d'écriture desdits longs billets ;-)

Je suis en plein "Qui veut jouer avec moi", de Lawrence COHEN, et j'ai un gros, gros problème: il me faudrait au bas mot 30 de ces billets pour venir vous partager tout ce que j'y trouve de super chouette (et super applicables, aussi, hein, parce que nous vivons dans la vraie vie). M'enfin qui sait, peut-être que je finirai par les écrire... Quoiqu'il en soit, oublions pour le moment ces 30 hypothétiques billets, et concentrons-nous sur le premier.

La citation du jour est donc 
"Il n'y a qu'une façon de mettre un terme à un jeu violent: s'y livrer, un temps, avec l'enfant, pour lui ouvrir un nouveau champ de possibles, lui permettre d'expérimenter d'autres moyens de gérer ses impulsions agressives."
Et voici le paragraphe dont elle est extraite: 

Lawrence COHEN, "Qui veut jouer avec moi ? - Jouer pour mieux communiquer avec nos enfants", p55.


Ce paragraphe m'a vraiment parlé!

Je ne sais pas si certains ici se souviennent des soucis que nous avons eus avec F. qui jetait des jouets du haut du balcon (j'en parlais notamment ici). Après plusieurs tentatives pour régler le problème, nous avons fini par jouer la sécurité : changer les poignées des fenêtres pour qu'il ne puisse plus les ouvrir.

Et justement, il y a quelques semaines, un billet de Coralie m'avait interpelée, puisqu'elle aidait une maman à résoudre un problème similaire! 
La solution qui y est retenue se rapproche bien davantage de l'approche présentée par ce paragraphe, et je me dis qu'en effet, j'aurais pu m'amuser à aller chercher des feuilles mortes et à me livrer à quelques sessions de jets de feuilles mortes du haut de chez nous (il aurait peut-être juste fallu réfléchir un peu pour éviter que lesdites feuilles mortes n’atterrissent sur le balcon du dessous: pas la peine d'envenimer encore nos relations avec la voisine... -en voilà une ravie de notre départ prochain, du reste. Et qui ne s'en cache pas.)

De la même manière, en avril, période qui fut très compliquée pour nous, et dont je dois encore venir vous parler plus en détails  (Un jour! Quand mes journées feront 36h dont 24 à consacrer au blog. Snif), F. s'était mis à coller des autocollants de manière compulsive. 
Il les enchaînait, sans attention pour ce qu'ils représentaient, sans attention portée non plus au sens dans lequel il les collait ou encore l'emplacement. Monsieur Bout et moi-même avions remarqué cela et notre première réaction avait été de limiter le recours aux autocollants, ce qui avait causé d'énormes crises de comportement.
Puis nous avions réalisé qu'il y avait probablement des problèmes plus profonds derrière cette manière d'agir, et que ces autocollants étaient peut-être la manière que F. trouvait pour exprimer / gérer cela.
Nous avons donc fait open-bar autocollants pendant plusieurs semaines (merci Action!), et pris du temps pour accompagner certaines de ces sessions (je suis devenue SUPER forte en collage de petits autocollants. Prosternez-vous!).

Et en effet, cela a participé à l'amélioration de l'ambiance, ainsi qu'à la disparition d'autres comportements plus gênants, et au fil des semaines le recours aux autocollants a décru jusqu'à devenir insignifiant.


Suite à cette lecture et aux "relectures" d'expériences passées, je me pose la question d'autres domaines dans lesquels cette approche pourrait être pertinente chez nous... La fascination de F. pour les volets rentrerait-elle dans cette catégorie ? Je n'en suis pas si sûre. C'est à méditer.
Mais je suis bien heureuse d'avoir maintenant cette nouvelle corde à mon arc!

Je serais curieuse de savoir si chez vous, vous voyez un champ d'application potentiel, ou si vous avez fait des expériences similaires !